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"Les plantes envahissantes c'est comme un cancer, une fois installées
c'est trop tard"
Aux
Seychelles pour des vacances Dr Christophe Lavergne n'a pas daigné
grignoté sur son temps pour donner une conférence sur les plantes
envahissantes dont il est l'un des meilleurs spécialistes dans la région.
Botaniste résidant
à La Réunion, Dr Lavergne est en effet l'auteur d'une thèse sur la
stratégie de l'invasion d'un arbuste appelé ligustrum
robostrum.. Il est le Coordinateur pour le compte de la FAO d'une étude
que cette organisation est en train de faire sur les plantes
envahissantes à La Réunion. Il est également Responsable du programme
INVABIO (Programme de l'invasion biologique), un projet mené
conjointement par l'Université de la Réunion et le Conservatoire
Botanique National de Mascarin.
Avant sa
conférence, donnée à l'Institut National de l'Education à Mont
Fleuri, Dr Lavergne a bien voulu rencontrer la presse.
Avant de
parler de votre conférence pourriez-vous nous révéler l'objet de
votre visite aux Seychelles ?
Tout d'abord, je suis en vacances. J'ai eu des
contacts aux Seychelles avec deux étudiants suisses qui m'ont proposé
de faire une conférence sur mon domaine de compétence. J'ai accepté
de terminer donc mon séjour avec une conférence sur les plantes
envahissantes à La Réunion. Cette expérience peut être mise à
profit par les Seychelles.
L'objectif de la conférence est de montrer qu'à
La Réunion on a les mêmes problèmes et qu'on pourrait les résoudre
de la même façon. Le message sur lequel je tiens à me concentrer au
cours de cette conférence, c'est montrer qu'il devient très difficile
de combattre les plantes envahissantes, une fois qu'elles se sont déjà
installées. Le mieux est de les détecter à temps avant la
catastrophe.
Comment
fait-on pour détecter une plante envahissante ?
Il y a plusieurs moyens de détecter les espèces
de plantes envahissantes. D'abord, il faut se tenir au courant des cas
d'invasion de telle ou telle espèce dans le monde. Si une espèce est
envahissante dans un autre pays qui a un peu le même climat ou le même
environnement, c'est déjà un signe qu'elle peut devenir envahissante là
où elle ne l'est pas encore.
Le deuxième signe, c'est un comportement déjà
envahissant dans une localité aux Seychelles. Quand elle commence à s'échapper
déjà à l'endroit où elle a été plantée dans le jardin, c'est déjà
là un signe.
Il est reconnu à l'échelle mondiale que pour les
îles océaniques telles que les Seychelles la menace la plus importante
actuellement pour la biodiversité. ce sont les invasions. Il est vrai
que les Seychelles ne sont pas de vraies océaniques à la différence
de La Réunion qui est née d'un volcan. Mais il est reconnu par tous
que le challenge, c'est le combat contre les invasions, qu'elles soient
végétales ou animales.
Fort de
l'expérience réunionnaise, vous avez certainement certaines solutions
en poche. Comptez-vous en proposer aux Seychelles ?
J'ai peut-être quelques suggestions qu'on est en
train d'appliquer à La Réunion. A la fin de la petite présentation,
j'évoquerai quelques conseils qui peuvent être appliqués à la fois
par la population et par les autorités.
Concrètement
?
Je ne suis ici que depuis 15 jours donc je ne
connais pas bien comment le système fonctionne, mais le premier conseil
que je donnerai c'est de bien contrôler tout ce qui rentre par les
frontières (aéroport, port etc...) notamment les plantes ornementales.
A La Réunion, toutes les plantes envahissantes sont des plantes
ornementales. La démarche est un peu antagonique. En même temps que
l'on veut embellir l'île pour plaire aux touristes en même temps ces
plantes présentent un danger pour la biodiversité.
Pourriez-vous
nous indiquer quelques plantes envahissantes que vous avez remarquées
lors de vos pérégrinations ?
Dans beaucoup d'îles que j'ai visitées, notamment
Silhouette, j'ai remarqué que le clydémia (appelé tabac-boeuf à La Réunion)
est un problème préoccupant. C'est un petit arbuste qui, une fois
qu'un arbre tombe, - par
exemple l'albizia - occupe immédiatement l'espace laissé, empêchant
ainsi la recolonisation de la forêt. C'est une espèce qui est
envahissante dans de nombreux pays, notamment dans les îles du
Pacifique et de l'Océan Indien. A La Réunion , on ne sait pas comment
on va faire pour se débarrasser de cette espèce qui a commencé à
envahir aussi les champs de canne à sucre. C'est un danger pour les forêts
naturelles. Aux Seychelles, apparemment, c'est nouveau comme espèce
envahissante.
Devons-nous
comprendre qu'il n'y a pas de solution pour éliminer les espèces
envahissantes une fois qu'elles se sont installées ?
Une fois que l'espèce s'est installée, c'est trop
tard. C'est comme un cancer, plus il est vite détecté, plus il y a des
chances de le guérir. Mais s'il est déjà au stade final, il n'y a
plus rien à faire. C'est dire qu'il faut faire attention à ne pas
introduire de nouvelles espèces. Il faut prendre le problème à la
source.
Généralement, les autorités s'intéressent au
problème quand c'est trop tard. Il faut mettre un peu plus de moyens
dans le système de détection précoce de ces plantes. Il faut agir sur
le terrain dans les endroits les plus riches, notamment les réserves.
Il y a des plantes envahissantes qui se sont déjà installées, comme
la prune de france.
Pour la détection rapide, on peut mettre en place,
via le département responsable des forêts, des sites d'observation
permanente. Comme ça, au moindre comportement envahissant, on tire le
signal d'alarme et on agit tout de suite. Il ne faut pas attendre que ça
se propage.
Quelles sont
les espèces qui, selon vous, doivent être surveillées attentivement
par les autorités ?
Nous avons le clydemia, l'alstonia que j'ai pu
observer sur les glacis. Mais pour les pays au climat équatorial comme
les Seychelles, le plus grand danger est représenté surtout par des
arbres comme l'albizia, qui se développe très rapidement, environ 7 mètres
par an, m'a-t-on dit. Une fois qu'ils sont grands ils ont une durée de
vie très courte, ils tombent alors que les forêts seychelloises ne
fonctionnent pas par chabis comme les forêts équatoriales de
l'Amazonie, par exemple. En plus, ces arbres font de l'ombre aux espèces
endémiques. Ça crée un sérieux problème puisque ca épuise les
ressources en eau du milieu et ça crée un régime de perturbation qui
n'est pas celui des Seychelles. Ce problème m'a vraiment marqué en
visitant les Seychelles.
Vous avez
classé les prunes de france au nombre des plantes envahissantes, mais
apparemment celles-ci ont été plantées afin d'arrêter l'érosion
dans certaines régions. N'y a-t-il pas là une contradiction ?
Je pense qu'avec les prunes de france, il n'y a
plus rien à faire, sauf peut–être dans les réserves riches où
elles ne se sont pas encore installées. La prune de france vient d'être
introduite à La Réunion. J'ai fait ici beaucoup de photos pour aller
montrer là-bas que l'introduction de cette plante n'est pas une très
bonne idée.
Pour ce qui est de l'érosion, je pense qu'il y a
d'autres espèces anti-érosives moins dangereuses que l'on aurait pu
choisir. J'ai vu ici des forêts impénétrables de prunes de france, et
je pense qu'il est trop tard pour les contrôler.
En somme,
votre message c'est la protection de la forêt naturelle contre
l'introduction de toute autre espèce.
Le message qu'il y a derrière mon exposé, c'est
la conservation de la biodiversité telle qu'elle est. Il faut faire
tout pour ne pas l'éroder. La menace préoccupante pour les îles, ce
sont les invasions. Aussi vais-je parler des espèces potentiellement
envahissantes qu'on a à La Réunion.
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