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C’est à un
véritable bilan de ses vingt-sept ans passés à la tête du pays auquel
s’est livré le mardi 24 fevrier, en fin d'après-midi le Président de
la République, M. France Albert René, qui a officiellement annoncé par
la même occasion sa retraite prochaine et le passage du témoin au Vice-Président
James Michel.
M. René présentait
son discours sur l'état de la nation devant l'Assemblée nationale. Un
discours assimilable à un message d'adieu aux députés qui entamaient
ainsi leur première session de l'année et auxquels s'étaient joints non
seulement les membres du gouvernement mais aussi le corps diplomatique,
les chefs religieux ainsi que de nombreux invités.
La reprise
progressive de l'économie nationale, la genèse de son engagement
politique, les raisons de nos choix politiques, l'érosion des valeurs
morales et la passation programmée du pouvoir au Vice-Président James
Michel, tels ont été en fait les axes essentiels de ce discours sur
l'état de la nation de 25 minutes que M. René a présenté en créole
devant une assistance qui avait dès le départ mesuré la portée politique
de son intervention.
En effet M. René a
expliqué comment il s'était lancé dans la politique et comment il
gardait encore en mémoire les paroles d'un vieillard avec lequel il
était assis sur le tronc d'un cocotier, à La Digue.
"Nous discutions
de l'avenir des Seychelles.... Nous nous demandions comment créer une
société où tout le monde bénéficie des mêmes chances.... Ce jour là, le
vieux m’a dit quelque chose qui m’a fait longuement réfléchir. Il m’a
dit : "Monsieur, pour pouvoir créer une telle société il faut que tu
élimines toutes les barrières entre Blancs et Noirs, entre les nantis et
les pauvres et entre ceux qui sont nés avec l’espoir et ceux qui sont
nés avec le désespoir, à l’horizon." C’est donc sur ce tronc de cocotier
que ma carrière politique a pratiquement commencé", a-t-il expliqué.
Après avoir
rappelé tous les progrès qui ont été réalisés pendant ces 27 ans dans
tous les domaines de la vie sociale, il a indiqué que sa plus grande
fierté le jour où il quittera le pouvoir c'est le fait d'avoir aidé "le
peuple seychellois à retrouver son identité et sa dignité de peuple".
Il a indiqué que
son engagement, loin de tenir à de simples manoeuvres politiques
procédait de son "désir d'aider à édifier un pays et un peuple
différents".
Il a ajouté qu'il
a été toujours sincère dans cet engagement et que c'est l'histoire et
les générations futures qui le jugeront.
M. René avait
auparavant entamé son discours en dénonçant les faux prophètes qui
n'hésitent pas à dire que le pays est au bord du gouffre.
"En 2003, les
recettes en devises du pays sont passées de 1 424 000 000 en 2002 pour
atteindre 1 531 000 000. Les recettes touristiques ont également
augmenté, passant de 918 000 000 en 2002, à 966 000 000 en 2003. Tandis
que les revenus de l'industrie de la pêche sont passés de 190 000 000 à
232 000 000", avait-t-il rappelé, avant d'aborder les raisons du choix
d'une option socialiste et les progrès que celle-ci a engendrés dans le
pays.
Il a expliqué que
le choix d'un système socialiste a permis non seulement de créer un
Seychelles propre socialement à travers notamment l'éducation et la
santé gratuites, la sécurité sociale, les diverses pensions (versées
aujourd'hui à plus de 10% de la population), un programme de logement
performant (11 000 familles logées), mais il a aussi fait émerger une
nation qui regarde désormais l'avenir avec confiance.
Dans ce contexte
il a déclaré que même s'il est vrai qu'il y a autour de nous des pays
dont les boutiques sont plus chargées de marchandises que les nôtres,
aucun de ces pays qui se trouvait dans la même situation que les
Seychelles il y a 40 ans ne peut dire que son peuple a les mêmes
facilités d'accès à l'information, à l'éducation, à la sécurité sociale
"bref à tout ce qui rend un être humain digne sur cette terre".
Abordant sa
succession M. René a indiqué qu'en s'engageant à créer un Seychelles
différent il n'a jamais été prétentieux au point de croire qu'il pouvait
terminer seul cette mission.
"Dans la politique
chacun de nous ne peut faire qu'une partie du parcours", a-t-il déclaré,
avant d'annoncer sa retraite dans quelques mois et le passage de la
barre au Vice-Président James Michel dont il a brièvement souligné les
qualités. (Nous reviendrons sur ce sujet dans notre édition de jeudi).
Auparavant M. René
s'était inquiété de la dégradation de des valeurs morales dans le pays
comme une conséquence négative des progrès matériels réalisés.
Il a évoqué à cet
égard l'augmentation du nombre de familles qui se brisent, le vol et la
malhonnêteté comme moyens rapides d'enrichissement, les parents qui ont
de moins en moins d'influence sur leurs enfants qui commencent à
s'adonner à la drogue et l'alcool etc...
"C'est pour cette
raison que j'ai déclaré 2004 comme l'Année de la Renaissance morale afin
que nous redonnions vie aux valeurs morales qui constituent le socle de
notre marche en avant", a-t-il rappelé
Avant de terminer
son discours M. René a lancé un appel à tous les acteurs politiques du
pays afin qu'ils travaillent ensemble.
En ce qui concerne
le SPPF, a-t-il dit, il continuera à travailler pour la consolidation
des valeurs matérielles et morales des Seychelles, parce que, a-t-il
ajouté, "ce sont elles qui nous feront aller de l'avant". |