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ENTRETIEN AVEC BERNARDIN RENAUD
Juge à la Cour Suprême
"Ma nomination est à la fois un honneur et un nouveau défi"

M. Bernardin Renaud prêtant serment le lundi 5 janvier comme juge de la Cour suprême

Monsieur Bernardin Renaud, ancien fonctionnaire et avocat de son Etat, est Ombudsman depuis 1993. En décembre dernier il a été nommé juge à la Cour Suprême. A 55 ans, il devient ainsi le premier natif seychellois, après l'indépendance, à siéger au sein de cette institution juridique. Seychelles Nation l'a rencontré pour vous.

Comment avez-vous accueilli cette nomination à la Cour Suprême sur le plan sentimental s'entend ?

Avec un sentiment mitigé, dans la mesure où j'avais déjà pris mes marques dans la fonction d'Ombudsman que j'assurais jusqu'à présent, et un sentiment de fierté, en ce sens que cette nomination traduit une bonne dose de confiance et souligne la qualité de tout ce que j'ai fait jusqu'à présent. J'ai travaillé pendant 10 ans comme Ombudsman et durant ce laps de temps j'ai réussi à tisser de bonnes relations de collaboration et de travail aussi bien avec le grand public qu'avec les différents départements de l'administration. Mieux, on venait à peine de me confier un nouveau mandat de 7 ans. Donc, dans mon esprit j'allais passer une bonne partie sinon le reste de ma carrière dans cette fonction à laquelle j'avais commencé à me faire. Mais en prenant en compte que cette nomination à la Cour suprême fait pratiquement de moi le premier natif seychellois après l'indépendance à accéder à une telle promotion, je la prends donc à la fois comme un nouveau défi, un honneur et une marque de confiance, surtout quand on sait que le mandat d'un juge seychellois court jusqu'à 70 ans., voire plus. Donc, je n'ai pas droit à l'erreur.

Le fait d'être justement le premier natif seychellois à être nommé juge, après l'indépendance, ne vous complique-t-il pas la tâche ?

Nul doute que cela rend ma tâche beaucoup plus lourde. Mais fort du fait que depuis ma nomination, tous les messages que j'ai reçus, que ce soit par téléphone, à travers des cartes ou des courriels, expriment une réelle confiance que j'exercerai ces nouvelles fonctions impartialement, je peux d'ores et déjà dire que je ne décevrai pas. Cette réaction positive générale est un vrai stimulant pour moi.

Hier vous étiez avocat, Ombudsman, donc vous défendiez les gens. Vous êtes passé aujourd'hui de l'autre côté du mur où vous êtes appelé à juger les gens. Comment vivez-vous cette transition ?

Bonne question, mais ce qui compte c'est le respect des lois et procédures. La loi est un moyen de régulation de la société et nous devons tous nous en conformer.

Quand j'étais avocat, je ne me suis jamais laissé tenté par l'argent en acceptant de défendre les cas indéfendables, les cas où il y a une violation flagrante de la loi. Je me suis toujours laissé guider par ce principe qui veut que la loi soit respectée et que justice soit rendue à ceux qui la méritent. Aujourd'hui comme juge, je continue à suivre le même principe. Si vous avez raison, justice vous sera rendue, mais si vous avez tort, vous devez être prêt à vivre les conséquences de votre faute.

Il y a des gens qui vous traitent de sentimental, incapable d'infliger une peine sévère à quelqu'un. Qu'en dites-vous ?

Il est vrai que je nourris parfois de la compréhension ou de la sympathie quand je suis témoin de certaines choses ou quand elles sont portées à mon attention. Mais quand on est juge, on doit voir les choses d'une autre manière. On doit refuser d'être prisonnier de ses sentiments. On doit les dominer. Certes, en prononçant une sentence, en infligeant une peine sévère à un délinquant, on éprouve une certaine émotion, mais il y a la loi et tout le monde dans la société doit la respecter. La personne qui est condamnée doit comprendre que le juge qui a prononcé la sentence n'est pas dépourvue de sentiment, mais qu'il a une mission à honorer qui est le respect de la loi, le triomphe de la vérité.

J'aime bien mes enfants, mais si pour les mettre sur le bon chemin il faut recourir à la sévérité, je n'hésiterai pas à le faire. Car il en va de leur propre intérêt et de celui de la société.

Vous savez que le gouvernement a longtemps hésité à nommer un natif seychellois au poste de juge parce que les Seychelles sont une toute petite communauté où tout le monde est presque apparenté ou lié d'une manière ou une autre. D'où la difficulté d'être impartial et de se défaire de tout préjugé. Vous êtes un personnage public connu de tout le monde qui a tissé un peu partout des relations plus ou moins étroites, ce faisant vous sentez-vous à même de vous mettre au-dessus de toutes ces considérations pour rester un juge juste et impartial ?

Il est vrai que je suis très connu dans la société dans laquelle je partage des liens de parenté avec de nombreuses personnes, mais tous ceux qui me connaissent savent que je suis très attaché à la vérité et à la justice. Tout le monde sait que j'ai comme habitude de dire la vérité à mes amis quand ils sont en faute. Je ne pourrais d'ailleurs prétendre à cette qualité si je devais travestir la vérité pour leur faire plaisir. Quand un ami ou un proche a raison, je le lui dis, et quand malheureusement il a tort, je ne manque pas non plus de lui faire savoir. C'est ce principe qui m'a toujours guidé et c'est ce principe que je ferai prévaloir. En d'autres mots, je rendrai la justice dans le respect des lois prescrites.

Et dans le cas où l'accusé est un proche, naturellement je demanderai à ce que quelqu'un d'autre s'en occupe.

Vous avez été Ombudsman de 1993 à 2003. Pendant ces 10 ans, quel est le plus mauvais et le plus bon souvenir que avez gardé ?

Il est difficile de choisir un seul bon souvenir ou un seul mauvais souvenir. Je sais que je me suis toujours senti mal à l'aise chaque fois que l'autorité administrative a agi sans égard aux circonstances ou sans faire preuve d'humanité pour l'administré.

Pour ce qui est des bons souvenirs, j'en ai beaucoup eu. Parce que, à chaque fois que quelqu'un est venu me voir au bureau avec un problème et qu'il en sorti avec le sourire ou soulagé, j'ai toujours considéré cela comme un joli cadeau de la providence. Et cela est arrivé à plusieurs reprises.

 

 

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