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Monsieur
Bernardin Renaud, ancien fonctionnaire et avocat de son Etat, est
Ombudsman depuis 1993. En décembre dernier il a été nommé juge à la Cour
Suprême. A 55 ans, il devient ainsi le premier natif seychellois, après
l'indépendance, à siéger au sein de cette institution juridique.
Seychelles Nation l'a rencontré pour vous.
Comment
avez-vous accueilli cette nomination à la Cour Suprême sur le plan
sentimental s'entend ?
Avec un sentiment
mitigé, dans la mesure où j'avais déjà pris mes marques dans la fonction
d'Ombudsman que j'assurais jusqu'à présent, et un sentiment de fierté,
en ce sens que cette nomination traduit une bonne dose de confiance et
souligne la qualité de tout ce que j'ai fait jusqu'à présent. J'ai
travaillé pendant 10 ans comme Ombudsman et durant ce laps de temps j'ai
réussi à tisser de bonnes relations de collaboration et de travail aussi
bien avec le grand public qu'avec les différents départements de
l'administration. Mieux, on venait à peine de me confier un nouveau
mandat de 7 ans. Donc, dans mon esprit j'allais passer une bonne partie
sinon le reste de ma carrière dans cette fonction à laquelle j'avais
commencé à me faire. Mais en prenant en compte que cette nomination à la
Cour suprême fait pratiquement de moi le premier natif seychellois après
l'indépendance à accéder à une telle promotion, je la prends donc à la
fois comme un nouveau défi, un honneur et une marque de confiance,
surtout quand on sait que le mandat d'un juge seychellois court jusqu'à
70 ans., voire plus. Donc, je n'ai pas droit à l'erreur.
Le fait d'être
justement le premier natif seychellois à être nommé juge, après
l'indépendance, ne vous complique-t-il pas la tâche ?
Nul doute que cela
rend ma tâche beaucoup plus lourde. Mais fort du fait que depuis ma
nomination, tous les messages que j'ai reçus, que ce soit par téléphone,
à travers des cartes ou des courriels, expriment une réelle confiance
que j'exercerai ces nouvelles fonctions impartialement, je peux d'ores
et déjà dire que je ne décevrai pas. Cette réaction positive générale
est un vrai stimulant pour moi.
Hier vous étiez
avocat, Ombudsman, donc vous défendiez les gens. Vous êtes passé
aujourd'hui de l'autre côté du mur où vous êtes appelé à juger les gens.
Comment vivez-vous cette transition ?
Bonne question,
mais ce qui compte c'est le respect des lois et procédures. La loi est
un moyen de régulation de la société et nous devons tous nous en
conformer.
Quand j'étais
avocat, je ne me suis jamais laissé tenté par l'argent en acceptant de
défendre les cas indéfendables, les cas où il y a une violation
flagrante de la loi. Je me suis toujours laissé guider par ce principe
qui veut que la loi soit respectée et que justice soit rendue à ceux qui
la méritent. Aujourd'hui comme juge, je continue à suivre le même
principe. Si vous avez raison, justice vous sera rendue, mais si vous
avez tort, vous devez être prêt à vivre les conséquences de votre faute.
Il y a des gens
qui vous traitent de sentimental, incapable d'infliger une peine sévère
à quelqu'un. Qu'en dites-vous ?
Il est vrai que je
nourris parfois de la compréhension ou de la sympathie quand je suis
témoin de certaines choses ou quand elles sont portées à mon attention.
Mais quand on est juge, on doit voir les choses d'une autre manière. On
doit refuser d'être prisonnier de ses sentiments. On doit les dominer.
Certes, en prononçant une sentence, en infligeant une peine sévère à un
délinquant, on éprouve une certaine émotion, mais il y a la loi et tout
le monde dans la société doit la respecter. La personne qui est
condamnée doit comprendre que le juge qui a prononcé la sentence n'est
pas dépourvue de sentiment, mais qu'il a une mission à honorer qui est
le respect de la loi, le triomphe de la vérité.
J'aime bien mes
enfants, mais si pour les mettre sur le bon chemin il faut recourir à la
sévérité, je n'hésiterai pas à le faire. Car il en va de leur propre
intérêt et de celui de la société.
Vous savez que
le gouvernement a longtemps hésité à nommer un natif seychellois au
poste de juge parce que les Seychelles sont une toute petite communauté
où tout le monde est presque apparenté ou lié d'une manière ou une autre.
D'où la difficulté d'être impartial et de se défaire de tout préjugé.
Vous êtes un personnage public connu de tout le monde qui a tissé un peu
partout des relations plus ou moins étroites, ce faisant vous
sentez-vous à même de vous mettre au-dessus de toutes ces considérations
pour rester un juge juste et impartial ?
Il est vrai que je
suis très connu dans la société dans laquelle je partage des liens de
parenté avec de nombreuses personnes, mais tous ceux qui me connaissent
savent que je suis très attaché à la vérité et à la justice. Tout le
monde sait que j'ai comme habitude de dire la vérité à mes amis quand
ils sont en faute. Je ne pourrais d'ailleurs prétendre à cette qualité
si je devais travestir la vérité pour leur faire plaisir. Quand un ami
ou un proche a raison, je le lui dis, et quand malheureusement il a
tort, je ne manque pas non plus de lui faire savoir. C'est ce principe
qui m'a toujours guidé et c'est ce principe que je ferai prévaloir. En
d'autres mots, je rendrai la justice dans le respect des lois prescrites.
Et dans le cas où
l'accusé est un proche, naturellement je demanderai à ce que quelqu'un
d'autre s'en occupe.
Vous avez été
Ombudsman de 1993 à 2003. Pendant ces 10 ans, quel est le plus mauvais
et le plus bon souvenir que avez gardé ?
Il est difficile
de choisir un seul bon souvenir ou un seul mauvais souvenir. Je sais que
je me suis toujours senti mal à l'aise chaque fois que l'autorité
administrative a agi sans égard aux circonstances ou sans faire preuve
d'humanité pour l'administré.
Pour ce qui est
des bons souvenirs, j'en ai beaucoup eu. Parce que, à chaque fois que
quelqu'un est venu me voir au bureau avec un problème et qu'il en sorti
avec le sourire ou soulagé, j'ai toujours considéré cela comme un joli
cadeau de la providence. Et cela est arrivé à plusieurs reprises.
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