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Mme Marie-Thérèse
Choppy, Conseillère Spéciale auprès du Ministre de l'Education et de la
Jeunesse, M. Danny Faure, vient de faire valoir ses droits à la retraite
après 47 ans de loyaux services pendant lesquels elle a contribué à la
formation de nombreux citoyens seychellois dont certains exercent
aujourd'hui de hautes fonctions dans le pays, à l'image de Mme MacSuzy
Mondon, Secrétaire générale au Ministère de l'Education et de la
Jeunesse, Mme Jeanne Simeon Directrice générale des Ecoles, Me Shelton
Jolicoeur, Avocat et Vice-président de l'Assemblée nationale, M. Selby
Dora, Conseiller Technique au Ministère de l'Education et de la Jeunesse
etc.... Cependant le nom de Mme Choppy ne sonne pas fort dans le seul
domaine de l'enseignement. Elle est également percue comme un des
meilleurs auteurs d'ouvrages didactiques et de pièces de théâtre que le
pays ait connus et surtout comme l'une des pionnières de la promotion de
la langue créole aux Seychelles.
Derrière un air
affable, se cache en réalité chez cette femme une force et une dynamique
extraordinaires qui ne peuvent laisser indifférent. C'est le secret de
cette énergie débordante qu'elle a mise au service de son pays que nous
avons cherché à percer à travers cet entretien organisé peu de temps
après la cérémonie de remerciement pour loyaux services organisée par le
Ministre de l'Education il y a une semaine.
Tout le monde
vous connaît comme une femme battante. Aussi se demande-t-on pourquoi
vous n'avez pas attendu trois ans encore pour prendre votre retraite
après 50 ans de carrière dans l'administration ?
Mon départ à la
retraite a pris effet le 31 décembre 2003, ce qui me fait 47 ans de
service. Je n'ai pas voulu aller au delà parce que j'ai déjà dépassé
l'âge normal de la retraite qui est 63 ans. Je suis actuellement âgée de
65 ans. J'ai donc attendu que mon dernier contrat de trois ans arrive à
terme pour faire valoir mes droits à la retraite. Je pense avoir donné
tout ce dont j'étais capable et qu'il est temps de passer le relais à
d'autres forces plus jeunes.
Si je comprends
bien vous êtes fatiguée ?
Pas au sens
physique du terme. Mais quand on a des responsabilités à assurer on doit
se dire qu'on a également des obligations à honorer comme se lever tôt
le matin pour être à l'heure au travail, rendre dans les délais le
travail qu'on vous a demandé etc.... J'ai donc pensé que le moment
était venu de prendre un peu de recul par rapport à ces obligations.
N'est-ce pas
votre travail de Conseiller Spécial qui était devenu peu motivant ?
Bien au contraire
! J'étais non seulement responsable du Comité chargé de rédiger la
politique générale du Ministère de l'Education Education for Learning
Society, mais j'ai aussi eu à présider le Comité de préparation d'un
Education Act dont j'ai fait le premier brouillon.
J'étais par
ailleurs responsable du Comité "InterMinisterial Early Childhood
Committee ainsi que le Comité chargé d'étudier le Extra
Curriculum Activities.
Il faut ajouter
que chaque semaine je rencontrais le Ministre afin de discuter des
projets et documents qu'il m'avait préalablement soumis. C'est dire que
si certains ont pu trouver la fonction de Conseiller Spécial ennuyeux,
moi, je l'ai trouvée très motivante en raison des tâches de grande
importance qui m'étaient confiées.
Pouvez-vous
nous retracer les étapes importantes de votre riche carrière ?
J'ai débuté ma
carrière dans la fonction publique comme institutrice, après avoir
successivement étudié à l'Ecole Ste Thérèse et au Couvent St Joseph.
J'avais à l'époque 18 ans. En même temps que j'enseignais je suivais une
formation pour obtenir le Seychelles Teacher Certificate. Quelques
années après je suis allée poursuivre mes études au Moray House
College of Edimburg, en Ecosse. Au terme de ces études je suis
devenue Assistant Lecturer au Teacher Training College. C'est après
avoir passé avec succès l'examen pour le Advanced Diploma of Teacher
Trainer, que je suis devenue Lecturer au Teacher Training College
(Ecole Normale) dont j'ai pris la direction quelques années après, suite
à la mutation de Mme Danielle d'Offay (Ndlr. plus tard Mme de St Jorre)
au Ministère du Tourisme.
Je dois préciser
que bien qu'étant directrice je continuais à donner les cours et à
chaque occasion importante je montais avec les étudiants et certains
collègues professeurs des pièces de théâtre ou des spectacles.
Après plus d'une
vingtaine d'années passées dans l'enseignement actif, j'ai été affectée
au Ministère de l'Education pour m'occuper de la Section of Research
and Curriculum Development. Sous ma supervision ont travaillé de
nombreux cadres devenus hauts fonctionnaires aujourd'hui, comme M.
Patrick Pillay (Ndlr Ministre de la Santé), qui était à l'époque
responsable des programmes de Science (Programme combiné de
biologie, chimie, d'agronomie etc).
Ensuite on m'a
confié la direction générale des Ecoles où je suis restée jusqu'à la
Réforme de l'enseignement qui a vu l'introduction du créole comme langue
d'apprentissage J'ai eu à assurer également la responsabilité de tous
les programmes du Primaire et de la direction de l'Institut Pédagogique
National.
A la création de
l'Institut Créole j'ai été choisie pour prendre sa direction. Ensuite
j'ai été nommée directrice générale de la Culture avant de me voir
confier les fonctions de Conseillère Spéciale à la nomination de M.
Danny Faure comme Ministre de l'Education il y a quelques années.
Comme vous pouvez
le constater j'ai passé presque toute ma carrière dans le secteur de
l'éducation si on fait abstraction de mon passage à la direction de la
Culture qui dépendait d'ailleurs du Ministère de l'Education.
Avez-vous le
sentiment d'avoir accompli votre mission maintenant que tous vos enfants
sont des cadres de la Fonction publique ?
On n'a jamais fini
d'accomplir sa mission quand on a la force et les moyens de réaliser les
projets et les ambitions que l'on a. Puisque je me sens encore forte je
ne sais pas pourquoi je devrais arrêter de poursuivre mes projets. Quant
à mes enfants, je conviens qu'ils se sont bien insérés dans le monde du
travail, mais ceci ne veut pas dire qu'ils n'ont plus besoin d'être
conseillé sur ceci ou cela.
Vous avez l'air
affable, pourtant en faisant le tour de tous ceux que vous avez produit
comme ouvrages didactiques ou pièces de théâtre, on reste bouche bée.
D'où puisez-vous toutes ces forces ?
J'essaye
d'exploiter au maximum mon temps de loisir. Je n'aime pas rester les
bras croisés, sans rien faire, et dès que j'ai un peu d'inspiration je
me lève pour travailler. Pour ce qui est des pièces de théâtre à forte
teneur politique, j'ai été poussée à les écrire parce que j'ai senti
qu'elles faisaient défaut. Le théâtre est une forme de communication
assez impressionnante.
Une de vos
meilleures productions est sans doute la pièce comique intitulée
Bolot Feray. D'où vient l'idée de cette pièce ?
En réalité, la
première version de cette pièce est à mettre à l'actif de Mme Geva René
qui était à l'époque encore professeur au Teacher Training College.
Puisque j'étais également professeur dans le même établissement, nous
avons eu l'occasion d'échanger quelques idées sur la pièce. L'accueil du
public ayant dépassé nos espérances, nous avons cherché à l'améliorer.
Je désire encore reprendre la pièce pour la mettre au goût du jour.
Pourquoi pas un Bolot Feray perdu dans le monde de la technologie
moderne ?
Ceci me conduit
à vous demander vos autres projets ?
Je suis quelqu'un
qui veut se sentir toujours occupée. Je ne me sens pas bien quand je
n'ai rien à faire. C'est dire que j'ai encore dans mes cartons beaucoup
de projets à réaliser. Certains concernent mon parti (le SPPF), d'autres
le système éducatif, et d'autres encore le théâtre.
Je réfléchis par
exemple à une révision du Programme d'alphabétisation qui doit à mon
avis prendre en compte les réalités et les problèmes de notre
environnement social actuel. J'ai également en projet un Précis de la
grammaire créole, un dictionnaire créole/anglais, des comptines et, bien
entendu, des pièces de théâtre.
Comme vous voyez
je n'ai pas pris ma retraite pour me prélasser dans une chaise longue. |