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Rajery est une vraie
virtuose de la valiha, la cithare malgache. C'est à ça qu'il doit en
grande partie son récent Prix RFI Musiques du Monde. Le talentueux
chanteur - musicien malgache a donné le mercredi 22 janvier, soir, un
concert au Centre International des Conférences. Un concert unique au
cours duquel tout le public est tombé sous le charme de sa dextérité.
Accompagné des
musiciens Jean-Charles Razanakoto (guitariste), Toty-Olivier
Andriamampianina( bassiste et directeur artistique), Raymond
Rakotoarisoa (percussionniste) et Nini (batteur et percussionniste),
Rajery - son vrai nom est Germain Randrianarisoa - a véhiculé au cours
de cette soirée la musique venue des fonds ancestraux malgaches. C'est-à-dire
cette fusion explosive des rythmes accélérés du Sud, ces polyphonies
et mélodies des hauts plateaux.
Après le concert,
le maestro s'est gentiment prêté aux questions de Seychelles
Nation.
Seychelles Nation
: Rajery, quelle a été votre première réaction
quand vous avez appris que vous étiez invité aux Seychelles pour ce
concert?
Rajery
:
Nous allons souvent en Europe, aux Etats-Unis, en Asie etc, mais, c'est
triste de le dire, nous n'avons jamais mis les pieds dans les îles
voisines. Moi je crois que c'est une nouvelle expérience qui me donnera
des idées pour préparer
une prochaine tournée. Je pense surtout à un échange entre artistes,
des ateliers de travail, des mélanges de culture pour une identité Océan
Indien. Je trouve que ce sont des choses qui peuvent se faire.
Seychelles Nation::
Quelles sont vos impressions après
ce concert ?
Rajery
: Je suis très, très, content parce que le message est bien
passé. Le public a bien accueilli le rythme et cela l'a fait vibrer
pendant tout le concert. Pour moi, c'est une réussite.
Seychelles Nation
: Parlez-nous des morceaux que vous avez présentés au public ce soir?
Rajery
:
La plupart de ces chansons proviennent de mon deuxième album,"Fanamby"où
je parle de la vie quotidienne malgache et également du pays. Il y a
des airs en instrumental, que j'ai joués avec la valiha, pour invoquer
les esprits. C'est une musique de transe.
Seychelles Nation
: Vous avez été désigné lauréat
2002 du Prix RFI Musique du Monde. A quoi attribuez-vous ce Prix?
Rajery
:
C'est à Paris que la nouvelle nous est parvenue, après notre tournée
aux Etats-Unis. C'était au mois de mai. J'ai tremblé parce que je ne
m'attendais pas à cela. A la réflexion, je considère ce Prix comme
une récompense de tout le travail que j'ai fait avec mon équipe depuis
tout ce temps. C'est une victoire aussi pour la musique malgache. Nous
pourrons ainsi faire mieux connaître Madagascar par la musique, à
travers son instrument, la valiha. Moi je trouve que c'est une belle
occasion de faire connaître cet instrument dans le monde entier.
Seychelles Nation
: Vous vous déplacez toujours
avec votre groupe ?
Rajery
: Bien sûr! Avant, je
me déplaçais tout seul pour trouver des contacts. Je joue la valiha,
l'harmonica et je fais un peu de percussion. Après, j'ai commencé à
imposer aux organisateurs la participation de mes musiciens. Maintenant
je voyage avec un certain nombre de musiciens : cinq sur scène, plus un
technicien. Je trouve que c'est génial d'être arrivé là.
Seychelles Nation
: Pouvez-vous
nous décrire un peu votre parcours, en commençant de préférence en
1983 ?
Rajery
:
En 1983, je suis rentré dans un groupe qui s'appelle "Tsailavina",
un groupe folklorique des hauts plateaux qui m'a permis de travailler la
valiha et ma voix. J'ai continué à évoluer dans ce groupe jusqu'en
1988, l'année à laquelle j'ai rencontré le grand flûtiste malgache
Rakoto Frah . Il est décédé il y a quelque années. J'ai été son
valihiste durant quatre années, jusqu'en 1992. C'est cette année là
que j'ai fondé mon propre groupe. Etant professeur de la valiha depuis
1989, j'ai créé à Antananarivo avec mes élèves "Akombaliha",
un orchestre de valiha en 1991. Et en 1994, j'ai aussi fondé une école
de valiha.
Seychelles Nation
: Comment va aujourd'hui cette école
de valiha ?
Rajery
: J'ai eu la chance de
créer cette école grâce au soutien financier de l'UNESCO et Handicap
International. C'est la première école de valiha de Madagascar et elle
existe toujours. Il y a deux ans, j'ai construit mes propres
locaux. Donc, je peux dire maintenant que j'ai ma propre école
qui fonctionne bien.
Seychelles Nation:
Je sais que vous n'aimez pas le
mot handicap, alors je ne l'utiliserai pas. Donc comment avez-vous réussi
à surmonter votre déficience physique pour devenir un joueur de valiha
aussi talentueux ?
Rajery
: (Rires) C'était un défi.
C'est pour cela que j'ai intitulé mon album "Fanamby",
qui veut dire défi. J'avais un complexe très très difficile, le
combat intellectuel. Je ne voulais pas montrer aux gens mon moignon. Je
le mettais tout le temps dans ma poche. Il y a un moment, j'ai réfléchi,
ensuite je me suis dit que mon "handicap" pouvait être ma
force. Alors, j'ai beaucoup travaillé, et j'ai lancé un message à
tous les amis qui ont des problèmes physiques. Quand je jouais, les
gens pouvaient difficilement croire que
je suis handicapé. Ils ont écouté et adopté ma musique.
Seychelles Nation
: Vous
avez des projets en vue ?
Rajery
: Beaucoup de projets. Après les Seychelles, on va encore
tourner dans d'autres pays d'Afrique, précisément à Djibouti, Rwanda,
Tanzanie, Ethiopie, Namibie, Botswana, et Mozambique. Après cette tournée,
on regagnera Madagascar, pour mettre le cap sur l'Europe au mois de
mars. Cela se poursuivra jusqu'à fin Juillet Septembre/Octobre. On
rentrera de nouveau, en octobre, dans la Grande île où on fera un tour
de Madagascar. Cela est prévu de mi-novembre à mi-décembre. En
janvier et février 2004, on ira au Canada, aux Etats-Unis et en Amérique
Latine.
Seychelles Nation
: Un troisième album en vue ?
Rajery
: On va enregistrer cette année, au mois de décembre. L'album
sortira en 2004 sous le label "Couleurs de la terre" et comprendra douze titres. Je
trouve que la chose la plus propre sur cette planète est la terre et je
suis vraiment triste de trouver des endroits où il y a la guerre. On
pense que la terre nous appartient, mais en fait c'est nous qui
appartenons à la terre.
Seychelles Nation :
Rajery, en tant qu'artiste engagé,
vous participez aussi à la lutte contre le travail des enfants.
Pourquoi avez-vous choisi ce créneau ?
Rajery
: Je pense que les
enfants sont l'avenir d'un pays. Ce sont eux qui vont gérer le pays après
nous. Il serait donc dommage si, au lieu de les faire aimer le travail,
on en faisait des victimes du travail. Je suis contre le travail des
enfants de A jusqu'à Z. C'est pour cela que nous organisons des activités
pour montrer que tous les enfants ont les mêmes droits. Pour moi, le
travail des enfants est une forme d'exploitation abjecte et représente
un obstacle à la scolarisation.
Seychelles Nation :
Avez-vous peut-être un message,
Rajery?
Rajery
:
Je crois qu'il faut travailler. C'est le résultat du travail qui nous a
permis d'être présents ici, aux Seychelles. La vie quotidienne, c'est
un combat, c'est un défi, elle est parsemée de difficultés. Il faut
se battre pour les surmonter. En d'autres mots, il faut bouger pour
avoir ce qu'on veut, c'est un défi permanent auquel il faut faire face.
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